eDEIE : ce qui change pour les producteurs raccordés en HTA et ce qui reste à leur charge
La modernisation du Dispositif d’Échange d’Informations d’Exploitation (DEIE) marque une évolution dans la téléconduite des installations de production d’électricité raccordées en haute tension A (HTA).
Avec le eDEIE, Enedis fait évoluer les échanges entre les installations de production et ses centres de conduite vers une interface numérique normalisée, reposant sur la norme IEC 61850 édition 2.
Cette évolution ne modifie pas les fonctions essentielles de téléconduite, mais transforme leur mise en œuvre technique. Elle introduit notamment une architecture à deux modules, de nouvelles responsabilités pour les producteurs et des exigences renforcées en matière de cybersécurité.
Quels sont les changements apportés par le eDEIE ? Quels équipements restent à la charge du producteur ? Et comment anticiper son intégration dans un poste de livraison HTA ?
eDEIE : quel cadre réglementaire pour les producteurs HTA ?
L’article 33 de l’arrêté du 9 juin 2020 impose aux producteurs raccordés en HTA, dont l’installation comporte une ou plusieurs unités de puissance maximale (Pmax) supérieure ou égale à 1 MW, de relier leur installation au centre de conduite du gestionnaire de réseau.
La mise en œuvre du eDEIE repose sur plusieurs références :
- L’arrêté du 9 juin 2020, article 33, qui définit l’obligation de raccordement au centre de conduite.
- La note Enedis-MOP-RES_070E v1, applicable depuis le 15 septembre 2025, qui présente le dispositif eDEIE et remplace à l’identique la note Enedis-NOI-RES_090E.
- La série de normes NF EN 61850, relative aux réseaux et systèmes de communication dans les postes électriques, avec l’édition 2 utilisée pour les échanges entre les modules M1 et M2.
- La norme NF C 13-100, qui encadre le poste de livraison dans lequel les équipements du eDEIE doivent être installés.
Ces dispositions s’articulent également avec la convention d’exploitation, qui précise notamment les délais T1 et T2, le délai d’effacement ainsi que les valeurs de repli P0 et Q0, et avec le CARD-I HTA.
Du DEIE au eDEIE : qu’est-ce qui change concrètement ?
Le passage au eDEIE ne remet pas en cause les fonctions de téléconduite existantes. C’est principalement l’interface de communication entre Enedis et les installations de production qui évolue.
Les fonctions qui restent inchangées
Le eDEIE conserve les fonctions essentielles du DEIE :
- Le découplage de l’installation.
- L’effacement d’urgence.
- L’autorisation de couplage.
- La limitation de puissance.
- La remontée des états de la centrale.
Le relais de découplage, la téléaction (TAC) et la télé-information client (TIC) du compteur conservent également leurs échanges physiques par contacts secs.
Enfin, le coût de la prestation Enedis est annoncé comme identique à celui du DEIE.
Une interface désormais numérique et normalisée
La principale évolution concerne le mode de communication.
L’ancien DEIE reposait sur plusieurs dizaines de fils, des contacts secs et des boucles 4-20 mA. Avec le eDEIE, une grande partie de ces échanges passe par une liaison Ethernet utilisant le protocole MMS de la norme IEC 61850 édition 2.
Cette modernisation s’accompagne de plusieurs changements :
- Un bornier d’échange restreint à 11 bornes.
- L’apparition d’un deuxième module, le M2, à la charge du producteur.
- La possibilité pour Enedis de diagnostiquer, configurer et mettre à jour le M1 à distance.
- L’application d’exigences de cybersécurité aux installations concernées dès 1 MW.
Le eDEIE fait ainsi évoluer l’architecture des échanges tout en maintenant les fonctions nécessaires à la conduite du réseau électrique.
Comment fonctionne le eDEIE ? Une architecture à deux modules
Le dispositif repose sur deux modules distincts, installés dans le poste de livraison HTA : le M1, relevant d’Enedis, et le M2, relevant du producteur.
Les deux équipements communiquent à travers une liaison Ethernet point à point utilisant un câble RJ45 de catégorie 6A S/FTP et le protocole MMS IEC 61850 édition 2.
Le module M1 : l’équipement fourni par Enedis
Le M1 assure la liaison avec le système de conduite d’Enedis, notamment son Agence de Conduite Régionale (ACR) et son système SCADA.
Il comprend notamment :
- Un coffret et un atelier d’énergie.
- Une batterie offrant 16 heures d’autonomie.
- Un routeur sécurisé.
- Un serveur de synchronisation NTPv3.
La communication avec le centre de conduite est assurée par une liaison cellulaire 4G. Lorsque la couverture est insuffisante, notamment avec un niveau de champ inférieur à −95 dBm, une solution filaire doit être étudiée avec Enedis.
Enedis fournit, installe, configure, surveille et maintient le M1. Le gestionnaire met également à disposition un simulateur M1 permettant de tester les échanges IEC 61850.
Le module M2 : l’interface à la charge du producteur
Le M2 constitue l’interface entre le M1 d’Enedis et les équipements de contrôle-commande et de supervision de l’installation de production.
Il peut prendre la forme :
- D’un boîtier dédié.
- D’une brique logicielle intégrée à un automate ou à un système de supervision existant.
Le M2 doit notamment intégrer un serveur IEC 61850 et assurer le filtrage des bagots, c’est-à-dire des changements d’état très rapprochés susceptibles de perturber la conduite.
Du côté de l’installation, le producteur conserve le choix des protocoles de communication, notamment Modbus, CEI 60870-5-104 ou un protocole interne.
Le M2 n’est ni fourni ni qualifié par Enedis. Sa conformité relève de la responsabilité du producteur et n’est vérifiée par Enedis que lors des essais sur site.
Une répartition précise des responsabilités
Au-delà du M2, plusieurs équipements et prestations restent à la charge du producteur :
- L’alimentation 230 Vca du M1 et du relais de protection.
- Le relais de protection et la téléaction (TAC).
- Le câble Ethernet reliant les modules M1 et M2.
- Le câblage du Régime Spécial d’Exploitation (RSE) et de la téléaction.
- Le bornier d’échange à bornes interruptibles.
La limite de propriété se situe au niveau du port Ethernet du routeur sécurisé Enedis pour les échanges numériques, et du côté installation du bornier d’échange pour les liaisons physiques concernées.
Un bornier restreint à 11 bornes : ce qui reste en contacts secs
La modernisation du eDEIE réduit considérablement le câblage physique.
Alors que l’ancien DEIE utilisait plusieurs dizaines de bornes, le nouveau dispositif s’appuie sur une liaison numérique RJ45 et un bornier restreint à 11 positions.
Ce bornier conserve les raccordements indispensables :
| Bornes | Fonction |
|---|---|
| 1 et 2 | Alimentation 230 V de l’installation |
| 3 et 4 | TIC du compteur |
| 5 à 10 | Mise en et hors service du RSE et téléaction, ordres Enedis et retours du site |
| 11 | Communication RJ45 |
Les bornes 5 à 10 permettent notamment la commande de mise en et hors Régime Spécial d’Exploitation vers le relais de découplage, ainsi que le retour de position du site, en 12 Vcc fourni par le M1.
Le producteur doit fournir le bornier à bornes interruptibles et assurer le câblage vers le relais de découplage et la téléaction.
Quelles sont les huit fonctions du module M2 ?
Le M2 ne se limite pas à convertir un protocole de communication. Il assure huit fonctions essentielles, réparties entre les ordres transmis par Enedis et les états remontés par l’installation.
Le dispositif est également évolutif : le nombre de télécommandes doubles (TCD), télésignalisations doubles (TSD), télémesures (TM) et télévaleurs de consigne (TVC) n’est pas limité.
Cinq fonctions pour les ordres transmis par Enedis
1. L’autorisation de couplage
Le disjoncteur de couplage ne doit pas être refermé sans autorisation préalable d’Enedis, même de manière transitoire.
2. La demande de découplage
Lorsqu’une demande est transmise, le découplage doit être exécuté dans le délai T1 défini par la convention d’exploitation, sur des organes distincts du disjoncteur général.
3. La demande d’effacement d’urgence
En cas de demande d’effacement d’urgence, le découplage doit intervenir sans délai. À défaut, Enedis peut interrompre l’alimentation du réseau de raccordement.
4. La limitation de puissance active
Le M2 doit permettre l’application d’une consigne de limitation de puissance active. Le plafond transmis doit être strictement respecté. Si la valeur devient invalide, le système doit appliquer la valeur de repli P0.
5. La consigne de puissance réactive
Cette fonction doit être intégrée dès la conception, même si elle n’est pas encore utilisée par la conduite. En cas de valeur invalide, la valeur de repli Q0 s’applique.
Trois fonctions pour les états remontés vers Enedis
6. L’indisponibilité de la centrale
Le dispositif doit transmettre l’état de disponibilité de l’installation selon trois niveaux : Ok, Warning ou Alarm.
Il est important de distinguer l’arrêt de production d’une véritable indisponibilité de la centrale.
7. L’état couplé ou découplé de la centrale
Une installation est considérée comme couplée dès lors qu’au moins un groupe est connecté. Elle est découplée lorsqu’aucun groupe n’est connecté.
8. Le défaut du boîtier producteur
Le M2 doit disposer d’une fonction d’autodiagnostic. Tout état différent de « Ok » doit entraîner son identification comme équipement défectueux.
Deux fonctions indispensables au bon fonctionnement du M2
Au-delà de ces huit fonctions, deux capacités distinguent un véritable M2 d’un simple convertisseur de protocole :
- La gestion de l’attribut de qualité « q » : toute valeur différente de « good » doit être transcrite comme invalide côté Enedis.
- Le filtrage des bagots : le dispositif doit gérer les changements d’état très rapprochés qui pourraient rendre la conduite impossible.
Ces fonctions doivent être prises en compte dans le choix et le paramétrage du M2.
Cybersécurité du eDEIE : des exigences applicables dès 1 MW
La numérisation des échanges s’accompagne d’exigences de cybersécurité.
L’annexe G du référentiel Enedis s’appuie sur les mesures ENCS DR-201-2020. Si l’ENCS définit certaines exigences au-delà de plusieurs dizaines de mégawatts, Enedis les applique à toute installation équipée d’un eDEIE, y compris les parcs de quelques mégawatts.
Les exigences couvrent six domaines :
- Le contrôle d’accès (AC1–26) : gestion des utilisateurs par rôles, séparation des droits, mots de passe individuels et revue des habilitations.
- La cryptographie (CR1–3) : utilisation de clés et d’algorithmes robustes, renouvellement des mots de passe et des clés.
- La sécurité physique (PH1–9) : sécurisation des zones et protection des équipements de terrain.
- La sécurité opérationnelle (OP1–19) : journalisation, sauvegardes, mises à jour signées, durcissement des systèmes et gestion des vulnérabilités.
- La sécurité des communications (CM1–9) : segmentation, cloisonnement entre sites, DMZ et proscription du Wi-Fi.
- La continuité d’activité (BC1) : intégration de la continuité de la sécurité de l’information dès la conception.
Ces exigences s’appuient notamment sur les référentiels ISO 27001, ISO 27019 et IEC 62443.
En cas de cyberattaque avérée, Enedis se réserve le droit de découpler l’installation.
Quel calendrier pour la transition du DEIE vers le eDEIE ?
Le passage au eDEIE s’inscrit dans un calendrier progressif annoncé par Enedis :
- Octobre 2023 : lancement des premiers sites pilotes eDEIE.
- Septembre 2024 : concertation sur la documentation technique de référence.
- 15 septembre 2025 : entrée en application du référentiel Enedis-MOP-RES_070E v1.
- 2026 : extinction annoncée du DEIE.
Selon les dispositions présentées par Enedis, l’ancien DEIE peut encore être installé tant que du matériel M1 reste disponible. Le choix appartient alors à Enedis, après consultation du producteur.
En revanche, tout nouveau raccordement, ou toute modification substantielle imposant un dispositif d’échange, donne lieu à la mise en place d’un eDEIE.
La prise en compte du eDEIE dès les études de conception du poste de livraison permet donc d’anticiper les contraintes techniques liées à son intégration.
Comment anticiper l’intégration du eDEIE dans un poste de livraison HTA ?
L’intégration du dispositif nécessite plusieurs décisions en amont de la mise en service.
1. Intégrer le M2 au cahier des charges
Le cahier des charges de l’automaticien ou de l’intégrateur doit préciser les exigences relatives à la norme IEC 61850, au filtrage des bagots et à la disponibilité du dispositif.
2. Choisir la forme du M2
Le producteur doit déterminer si le M2 sera un boîtier dédié ou une fonction logicielle intégrée à l’automate ou à la supervision existante.
3. Prévoir l’espace et les cheminements
L’installation du M1 nécessite de réserver un volume adapté à ses dimensions et à son poids :
- Dimensions : 310 × 600 × 350 mm.
- Poids : 40 kg.
- Dégagement inférieur : 150 mm.
- Dégagement latéral : 10 cm sur un côté.
Les modules M1 et M2 doivent être installés dans la même salle du poste de livraison et raccordés au même réseau de terre.
4. Vérifier la couverture cellulaire
La qualité de la couverture 4G doit être étudiée dès la conception.
Lorsque le niveau de champ est inférieur à −95 dBm à l’extérieur du poste, une solution filaire doit être envisagée avec Enedis.
Cette situation peut avoir des conséquences sur les coûts et les délais du projet.
5. Sécuriser les alimentations électriques
Le M1 nécessite une alimentation 230 Vca.
Le M2 doit également disposer d’une alimentation secourue, avec une autonomie équivalente à celle du M1 et les mêmes capacités de relance automatique.
6. Prévoir des organes de découplage adaptés
Il est recommandé de privilégier des organes de découplage distincts du disjoncteur général.
Cette configuration permet de préserver l’alimentation des auxiliaires, et donc celle du eDEIE, lors d’une opération de découplage.
7. Définir les paramètres d’exploitation
Les paramètres T1, T2, P0, Q0 ainsi que le délai d’effacement doivent être définis dans la convention d’exploitation, puis intégrés au contrôle-commande de l’installation.
Quel est le rôle de REP dans l’intégration du eDEIE ?
Le eDEIE s’intègre directement dans le poste de livraison HTA : c’est donc dès la conception de ce dernier que sa mise en œuvre doit être préparée.
REP accompagne cette intégration dans le cadre de la conception et de la réalisation des postes de livraison HTA/BT conformes à la norme NF C 13-100.
Notre intervention comprend notamment :
- La conception et l’intégration du poste de livraison HTA/BT.
- La fixation murale des coffrets M1 et M2.
- La réalisation des alimentations électriques et du câblage de communication.
- La mise en œuvre des terres et de la zone d’équipotentialité.
- La fourniture du bornier d’échange restreint.
- La réalisation du câblage RSE et téléaction.
- L’accompagnement des essais de mise en service avec l’Agence de Conduite Régionale d’Enedis.
En intégrant ces contraintes dès les études, nous contribuons à préparer le poste de livraison aux exigences du eDEIE et à faciliter les opérations de mise en service.
Vous avez un projet de poste de livraison HTA intégrant un eDEIE ?
Notre équipe peut vous accompagner dans la préparation et l’intégration du dispositif.
Contact : Arnaud LOT, Directeur Commercial — a.lot@rep-galile.fr